
Si vous êtes CFO, fondateur, ou directeur financier d'une entreprise française qui détient des cryptomonnaies - ou qui envisage d'en détenir - vous vous êtes probablement posé ces questions :
La réponse courte : c'est compliqué, mais gérable si vous savez où regarder.
La France a l'un des cadres fiscaux crypto les plus détaillés d'Europe, mais il reste en évolution constante. Les règles pour les particuliers sont relativement claires. Les règles pour les entreprises ? Beaucoup moins.
Ce guide est conçu pour les décideurs financiers d'entreprises françaises qui veulent comprendre la fiscalité crypto sans devenir experts en droit fiscal.
Nous couvrons :
Depuis la loi PACTE (2019), tout acteur offrant des services sur actifs numériques en France doit être :
Pourquoi c'est important pour votre entreprise : Si vous utilisez une plateforme crypto pour gérer la trésorerie de votre entreprise, vérifiez qu'elle est PSAN-enregistrée. Sinon, vous prenez un risque de non-conformité.
Le traitement comptable dépend de l'utilisation des cryptos :
Si votre entreprise détient des cryptos pour :
Traitement comptable :
Exemple : Votre startup détient 10 BTC achetés à 30 000 €/BTC (300 000 €). Au 31/12, le BTC vaut 40 000 €/BTC (400 000 €). → Plus-value latente de 100 000 € à comptabiliser au résultat.
Si votre entreprise détient des cryptos comme :
Traitement comptable :
Exemple : Votre entreprise achète 10 BTC à 30 000 €/BTC (300 000 €). Au 31/12, le BTC vaut 40 000 €/BTC (400 000 €). → Pas d'impact au compte de résultat (plus-value latente non comptabilisée).
Les stablecoins posent un cas particulier.
Si utilisés comme équivalent de trésorerie :
Si utilisés pour générer du yield :
Les plus-values crypto des entreprises sont soumises à l'impôt sur les sociétés (IS).
Taux IS standard :
Important : Il n'existe pas de régime spécifique pour les plus-values crypto en entreprise. Elles sont traitées comme des plus-values mobilières classiques.
Formule : Plus-value = Prix de vente − Prix d'acquisition − Frais
Exemple : Votre entreprise achète 5 BTC à 30 000 €/BTC = 150 000 €. Elle revend 5 BTC à 40 000 €/BTC = 200 000 €. Plus-value = 200 000 € − 150 000 € = 50 000 €.
→ Impôt IS (25 %) = 12 500 €.
Si votre entreprise achète des cryptos à différents prix, la méthode FIFO s'applique par défaut.
Exemple :
Calcul FIFO :
Les moins-values crypto peuvent être :
Exemple : Votre entreprise subit une moins-value de 20 000 € sur Bitcoin. Si elle réalise 100 000 € de bénéfices, l'IS sera calculé sur 80 000 € (100 000 € − 20 000 €).
Depuis l'arrêt Hedqvist (CJUE, 2015), les transactions crypto sont exonérées de TVA en Europe, y compris en France.
Activités exonérées de TVA :
Certaines activités crypto restent soumises à TVA :
1. Services de custody (garde de cryptos) → TVA à 20 %
2. Frais de plateforme (trading fees) → TVA à 20 %
3. Conseil en investissement crypto → TVA à 20 %
Exemple : Votre entreprise paye 1 000 € de frais de custody à une plateforme PSAN. → Facture = 1 200 € TTC (1 000 € HT + 200 € TVA).
Si votre entreprise est assujettie à la TVA, elle peut récupérer la TVA payée sur :
Important : La TVA payée lors de l'achat de cryptos n'est pas récupérable (car exonérée).
Le yield crypto désigne les intérêts ou récompenses générés par :
Exemple : Votre entreprise dépose 100 000 USDC sur une plateforme de lending et gagne 8 % APY = 8 000 USDC/an.
Le yield crypto est traité comme un produit financier et soumis à l'IS.
Comptabilisation :
Exemple : Votre entreprise gagne 8 000 € de yield sur stablecoins. → Impôt IS (25 %) = 2 000 €. → Yield net = 6 000 €.
Si vous recevez du yield en crypto (ex : 0,5 BTC), deux événements fiscaux :
Exemple : Vous recevez 0,5 BTC de yield (valorisé à 20 000 €). → Produit financier = 20 000 € (soumis à IS).
Si vous vendez plus tard à 25 000 € : → Plus-value = 5 000 € (soumis à IS).
Les entreprises françaises doivent déclarer leurs comptes crypto à l'étranger via le formulaire 2086.
Qui est concerné ?
Sanctions en cas de non-déclaration :
Les plus-values crypto sont déclarées dans la liasse fiscale (formulaire 2065 pour les sociétés).
Documents à fournir :
Les entreprises utilisant des PSAN doivent se conformer aux obligations AML/KYC.
Seuils de déclaration :
Si vos cryptos prennent de la valeur et que vous les comptabilisez en actif circulant, vous devez réévaluer au bilan (et payer l'IS).
Solution : Si vous voulez éviter l'impôt sur les plus-values latentes, comptabilisez en immobilisation financière.
Les particuliers bénéficient d'un flat tax à 30 % sur les plus-values crypto.
Les entreprises sont soumises à l'IS (15 % ou 25 %).
Ne pas confondre les deux régimes.
Les frais de custody sont soumis à TVA. Si vous ne récupérez pas la TVA, vous perdez 20 %.
Oublier le formulaire 2086 = amende automatique de 750 € par compte.
Tous les cabinets ne maîtrisent pas la fiscalité crypto. Choisissez un expert-comptable qui connaît :
Gardez des preuves de :
Pour éviter les risques de non-conformité, utilisez des plateformes :
Si vous générez du yield crypto, provisionnez l'IS à payer (15 % ou 25 % du yield).
Le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) entre en vigueur en 2025.
Changements attendus :
Impact pour votre entreprise :
La fiscalité crypto en France est complexe, mais gérable si vous suivez les règles :
✅ Comptabilisez correctement (actif circulant vs. immobilisation)
✅ Déclarez les plus-values (IS à 15 % ou 25 %)
✅ Récupérez la TVA sur les frais de custody
✅ Déclarez les comptes étrangers (formulaire 2086)
✅ Provisionnez l'IS sur le yield (produits financiers)
✅ Utilisez des plateformes PSAN-enregistrées
Si vous êtes CFO ou fondateur et que vous envisagez d'intégrer des cryptos dans votre trésorerie, travaillez avec un expert-comptable et un avocat fiscaliste pour sécuriser votre conformité.
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